La Wallonie réduit ses objectifs pour les compteurs intelligents

26 avril 201818:00

Toon de social share opties

Alors que la Flandre annonce que fin 2022, un ménage sur trois devrait être équipé de compteurs énergétiques intelligents, la Wallonie revoit ses objectifs fortement à la baisse.

Plusieurs modifications ont été apportées à l’avant-projet de décret sur les compteurs électriques intelligents, passé en deuxième lecture au gouvernement wallon ce jeudi.

La plus importante d’entre elles porte sur l’ampleur du déploiement. Alors qu’en janvier, le gouvernement visait 80% des ménages équipés pour fin 2034, il limite désormais le déploiement aux gros consommateurs — c’est-à-dire ceux qui consomment au moins 6.000 kWh par an, ou ceux qui disposent d’une installation de production d’électricité de 5 kWe. Les statistiques du régulateur montrent que la première catégorie représente moins de 15% des clients résidentiels. Et la seconde, qui est souvent incluse dans la première, compte 52.720 ménages.

Même si le gouvernement prévoit aussi, à partir du 1er janvier 2020, l’installation systématique d’un compteur intelligent pour les clients déclarés en défaut de paiement, lors d’un nouveau raccordement ou quand l’utilisateur le demande, on sera loin d’un déploiement généralisé en Wallonie dans les prochaines années.

De fortes oppositions

Les raisons de ce revirement? Les leçons tirées du voyage de Jean-Luc Crucke en Suède, ainsi que la prise en compte des différents avis et critiques, explique le cabinet du ministre wallon de l’énergie.

Il faut dire que le déploiement de ces compteurs électroniques, capables non seulement de mesurer l’énergie consommée quart d’heure par quart d’heure, mais aussi de transmettre et recevoir des données à distance, suscite de fortes oppositions. En vrac, certains y voient un danger pour la santé, une atteinte à la vie privée, une cible pour les cyber-terroristes ou un gaspillage inutile. On a même vu une pétition parler de "compteurs de la mort"…

Or, l’enjeu est d’importance. Ces compteurs, qui permettent la mise en place de tarifs incitant les consommateurs à déplacer leur consommation aux moments où l’électricité est la plus abondante, peuvent faciliter la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables intermittentes.

Mais vu qu’il s’avère impossible, comme cela avait été imaginé, de limiter à 1 à 2 euros par MWh au maximum l’impact de ces compteurs sur la facture annuelle, le gouvernement préfère jouer la prudence et encourager prioritairement le placement de compteurs intelligents auprès des ménages qui en bénéficieront le plus – comme ceux qui possèdent un véhicule électrique ou une pompe à chaleur. "Le temps de convaincre et de servir d’exemple", note le cabinet Crucke. Voilà qui devrait faire les affaires de Resa, qui prônait un déploiement beaucoup moins ambitieux qu’Ores.

Les différents gestionnaires de réseau pourront toutefois prévoir un plan visant un plus grand nombre d’utilisateurs, si l’impact sur la facture est bénéfique.

Un comité de suivi, piloté par les gestionnaires de réseau, va en outre être mis en place, pour répondre aux questions et préoccupations. Et pour répondre aux craintes des personnes électro-sensibles, l’avant-projet de décret prévoit désormais la possibilité, pour ceux qui souffrent d’un problème d’intolérance objective, de refuser le placement.

Un travail similaire doit encore suivre pour les compteurs de gaz intelligents.

Christine Scharff,

Journaliste

Source: L'Echo

La Wallonie réduit ses objectifs pour les compteurs intelligents